La disponibilité mondiale des armes légères
et de petit calibre (ALPC) se révèle désormais comme étant un réel obstacle à
la paix et à la sécurité, ainsi qu'aux activités d'aide et de développement. Il
ne s'agit cependant pas d'un problème simple.
Contrairement aux mines antipersonnel pour
lesquelles le contrôle législatif est relativement simple pour de nombreux pays
puisqu'elles sont interdites selon la Convention sur l'interdiction des mines
antipersonnel (Traité d'Ottawa), le contrôle de la production, du transfert, de
la possession et de l'utilisation des ALPC s'avère beaucoup plus complexe.
Afin de se rendre compte de l'ampleur de ce
problème, il est intéressant d'observer les statistiques suivantes [1] :
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Une partie des stocks d'armes découverts en République démocratique du Congo. |
• Le stock mondial d'armes légères et de
petit calibre est estimé à 639 millions.
• Les armes légères et de petit calibre sont
responsables de la majorité, entre 60 et 90 %, des décès directs dans les
conflits : Jusqu'à 108 000 en 2003.
• L'utilisation d'armes de petit calibre
contribue également aux décès indirects dans les conflits, dont le nombre est
probablement largement supérieur au nombre de décès directs, bien qu'ils
varient énormément d'un conflit à un autre.
• Les armes légères et de petit calibre
déstabilisent les régions ; elles génèrent, alimentent et prolongent les
conflits ; elles entravent les programmes humanitaires, affaiblissent les
initiatives de paix, aggravent les infractions aux droits de l'homme, gênent le
développement et favorisent une « culture de la violence ».
Il n'existe aucune définition reconnue
internationalement pour les armes légères et de petit calibre, bien que les
Nations Unies en aient une qui s'y rapproche : en résumé, les armes
légères sont, au sens large du terme, des armes destinées à l'usage individuel.
Elles comprennent, entre autres, des revolvers et pistolets à chargement
automatique, des fusils et des carabines, des mitraillettes, des fusils
d'assaut et des mitrailleuses légères.
Les armes de petit calibre sont des armes
destinées à l'usage de deux ou trois personnes travaillant en équipe, même si
certaines peuvent être transportées et utilisées par une seule personne. Elles
comprennent, entre autres, les mitrailleuses lourdes, les lance-grenades à main
montés sur canon, les canons antiaériens portatifs, les canons antichars
portatifs, les fusils sans recul, les lance-missiles et lance-roquettes
antichars portatifs, les lance-missiles antiaériens portatifs (MANPADS [2]) et
les mortiers de calibre inférieur à 100 millimètres [3].
Il est important de remarquer que réduire la
disponibilité des munitions fait partie intégrante des efforts pour réduire la
menace que représentent les ALPC. Le travail de MAG sur le terrain contribue de
la même manière à réduire le nombre d'armes.
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Les ALPC sont la cause de 60 à 90 % des décès directs lors des conflits. [Photo : Marc Angibeau] |
L'intérêt et l'engagement croissant dans
l'élimination de la circulation des armes légères et de petit calibre illicites
augmentent. Les donateurs relèvent le défi d'une intervention plus étendue et
plus intégrée face à la diversité des menaces causées par les mines, les
explosifs et les ALPC.
Par exemple, le Département britannique pour
le Développement international affirme que la disponibilité des ALPC est un
« multiplicateur d'insécurité » [4]. En 2003, Colin Powell, alors
Secrétaire d'État des États-Unis, a averti qu'« aucune menace n'est plus
sérieuse pour l'aviation » que les systèmes portatifs de défense aérienne
[5].
Le Département d'État américain précise que
le travail qu'il finance « contribue à la prévention et à la réduction des
conflits, ainsi qu'au redressement social et économique post-conflit... afin de
limiter le trafic illicite, la disponibilité et l'utilisation systématique des
armes de guerre conventionnelles qui alimentent l'instabilité régionale et
interne [et] pour poursuivre et participer à l'élimination post-conflit de
telles armes dans des zones civiles » [6].
L'Union européenne encourage une approche
coordonnée et considère le « désarmement, le contrôle des armes et le
déminage comme des conditions préalables à la paix » [7].
MAG a participé pour la première fois à la
destruction d'ALPC dans les années 90 en apportant une assistance technique aux
programmes de démobilisation en Angola et au Cambodge.
Les équipes de MAG possédaient les
compétences et l'équipement nécessaires pour prendre en charge les petites
quantités d'ALPC remises par les soldats démobilisés dans les zones de
regroupement où les activités de destruction de mines et de munitions non
explosées ont été établies.
Plus récemment, MAG s'est engagé dans le
retrait et la destruction des ALPC à plus grande échelle dans des pays comme
l'Irak et la République Démocratique du Congo. Cela a permis de mettre en
évidence le besoin de financement à long terme et en ce qui concerne les
donateurs, d'élargir leur capacité à soutenir des programmes intégrés de cette
nature.
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Les ALPC constituent une sérieuse menace pour la paix et la reconstruction. [Photo : Marc Angibeau] |
Une fois que les objets dangereux sont détruits
et/ou rendus inutilisables, MAG essaie, quand cela est possible, de s'assurer
que les débris métalliques qui en résultent, profitent aux populations et aux
activités de reconstruction.
En Irak, par exemple, les débris métalliques
récupérés ont servi à financer la réhabilitation de l'école et de l'hôpital de
la ville d'Hatra et à fonder l'Hatra Brass Recovery Company, qui reversait par
la suite une partie de ses bénéfices à l'administration locale pour des projets
de rénovation.
Les ALPC constituent une sérieuse menace pour
la paix et la reconstruction. Elles sont beaucoup plus difficiles à évaluer, à
contrôler et à détruire qu'une mine par exemple, car une fois marquée, elle
représente une menace fixe et clairement délimitée. Néanmoins, cette menace
peut être davantage réduite par le biais d'une sensibilisation en attendant que
le déminage soit réalisé.
MAG possède les compétences et l'expérience
nécessaires pour diriger de manière efficace le retrait et la destruction
d'ALPC dans un contexte difficile, où ces armes représentent un problème. Son
rôle consiste à détruire les armes en elles-mêmes et la plupart des engins
explosifs « pour réduire le risque que les armes d'un conflit terminé ne
servent pour un autre » [8].
Par conséquent, les ALPC constituent
aujourd'hui une composante de plus en plus importante dans le cadre du travail
de MAG.
Remarques :
1. www.smallarmssurvey.org, mai 2007.
2. Systèmes portatifs de défense aérienne
3. Résumé à partir de la Conférence de
révision des Nations Unies sur les armes légères, 2006.
4. Action européenne sur les armes légères,
les armes de petit calibre et les résidus de guerre explosifs, Bruxelles, 7 et
8 décembre 2005, Kate Joseph, Conseillère politique en matière de sécurité du
Département britannique pour le développement international (DFID), Programmes
sur les armes légères et le développement.
5. Déclaration extraite de la Fédération des
scientifiques américains (Federation of American Scientists) « Les pays de
l'APEC acceptent de limiter la vente de missiles », 18 octobre 2003, Dirk
Beveridge, Associated Press.
6. Bureau chargé de la réduction et de la
destruction des armes, site Internet du Département d'État américain, mai 2007.
7. Dialogue sur la sécurité Union
européenne-Union africaine. Note conceptuelle commune, avril 2007.
8. Présentation réalisée par Lou McGrath face
au Mine Action Support group (Groupe de soutien à l'action antimines), Genève,
7 juillet 2006.
23 octobre 2007



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